La greffe de cellules souches hématopoïétiques (CSH) constitue un traitement majeur de certaines maladies hématologiques. Elle repose sur une succession d’étapes critiques incluant le conditionnement, l’injection du greffon et la phase de reconstitution hématopoïétique. Cet article décrit les principes du conditionnement, les modalités de la greffe et les principales complications associées, en insistant sur les enjeux infectieux et immunologiques.
1. Conditionnement pré-greffe
Le conditionnement correspond à la phase préparatoire précédant la greffe de CSH. Son objectif est double : éradiquer les cellules tumorales résiduelles et permettre l’implantation durable du greffon.
Les schémas utilisés peuvent être myéloablatifs, reposant sur la destruction quasi complète de la moelle osseuse pathologique, ou à intensité réduite, qui visent principalement à neutraliser le système immunitaire du patient tout en limitant la toxicité globale. Ces derniers sont privilégiés chez les patients âgés ou présentant des comorbidités. Le choix du protocole dépend également du type de greffe envisagé.
Les conditionnements reposent sur l’administration de chimiothérapies à fortes doses (busulfan, cyclophosphamide, fludarabine, melphalan), parfois associées à une radiothérapie. Ces traitements induisent une aplasie médullaire profonde, responsable d’une immunodépression majeure, exposant le patient à un risque infectieux élevé.
Les toxicités les plus fréquentes incluent les mucites (inflammation des muqueuses, le plus souvent localisée au niveau de la bouche, débutant généralement par des rougeurs, une douleur lors de la prise alimentaire et des desquamations pouvant évoluer vers des ulcérations), les troubles digestifs, les atteintes hépatiques et les désordres hydro-électrolytiques. Une prise en charge symptomatique et une prophylaxie systématique (antiémétiques, anticonvulsivants, protection gastrique et hépatique, prophylaxie anti-infectieuse…) sont indispensables.
2. Greffe et reconstitution hématopoïétique
La greffe de CSH consiste à injecter par voie IV (intraveineuse) des cellules souches saines, issues soit du patient lui-même dans le cadre d’une autogreffe, soit d’un donneur compatible dans le cadre d’une allogreffe (le donneur peut être un membre de la famille du patient ou un donneur anonyme compatible). Bien que l’acte soit techniquement simple, ses conséquences biologiques sont majeures.
La période post-greffe immédiate est marquée par un risque élevé d’infections opportunistes lié à l’aplasie et, en cas d’allogreffe, par le développement possible de la maladie du greffon contre l’hôte (GVH), justifiant l’instauration d’un protocole immunosuppresseur.
Dans une proportion importante des cas, estimée entre 40 et 50 %, le greffon est correctement contrôlé par les immunosuppresseurs et les infections sont efficacement prévenues grâce aux traitements prophylactiques. Le patient peut alors développer progressivement une nouvelle hématopoïèse fonctionnelle.
La sortie d’aplasie survient généralement entre J14 et J21 post-greffe et correspond à la reprise de l’hématopoïèse. Elle est définie par l’obtention, pendant trois jours consécutifs, d’une numération des neutrophiles supérieure à 500 × 106/L et d’une numération plaquettaire supérieure à 20 × 10?/L, indépendamment de toute transfusion pendant une durée de sept jours. Cette phase s’accompagne d’une amélioration clinique progressive et d’un allègement des mesures d’isolement.
3. Complications
Les complications observées après une greffe de CSH sont nombreuses et peuvent avoir de graves conséquences pour le patient. Les infections représentent la principale cause de morbidité et de mortalité, en particulier durant la phase d’aplasie. Les agents infectieux impliqués sont majoritairement bactériens, mais les infections virales (CMV, EBV) et les infections fongiques invasives sont également fréquentes chez les patients à haut risque.
Lors des greffes allogéniques, la GVH constitue la complication immunologique majeure. Elle résulte d’une réponse immunitaire des lymphocytes du greffon contre les tissus du receveur et touche principalement la peau, le foie et le tube digestif. La forme aiguë, classée selon des grades et des stades de sévérité, est la plus grave, tandis que la GVH chronique, généralement moins agressive mais plus prolongée, peut entraîner des atteintes multiviscérales parfois irréversibles.

Classement des différents grades et stades de la GVH aiguë
Conclusion
La greffe de CSH est une procédure complexe reposant sur un équilibre délicat entre efficacité antitumorale, contrôle immunologique et prévention des complications. Une prise en charge multidisciplinaire et une surveillance étroite sont essentielles pour optimiser le pronostic des patients.
Sources :
- https://link.springer.com/10.1007/978-3-031-23394-4
- https://www.egmos.org/la-greffe-de-moelle-osseuse/
- https://www.chu-bordeaux.fr/Professionnels-recherche/Pharma-Ville-Hop/FICHES-SOINS-DE-SUPPORT/MUCITES/
- https://www.hirslanden.com/fr/international/traitement-medical/greffe-celulle-souche.html
- https://www.cancertherapyadvisor.com/home/decision-support-in-medicine/hematology/acute-graft-versus-host-disease-2/
Article rédigé par Arthur MICHELARD-VIGNE
Président de Link4Pharma 2025-2026